Odette Blanchet Bergoffen

Une belle leçon d’Histoire


Les enfants scolarisés à Vernoil peuvent être fiers de la marraine de leur école.
Ceux qui connaissent bien l’histoire de Vernoil, savent qu’elle a reçu le titre de « Juste parmi les nations », pour avoir sauvé des juifs au péril de sa vie pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elle a aussi été décorée de la Légion d'honneur, nommée au grade de sergent pour ses actions de résistante par le Général de Gaulle, et élevée au grade d'officier de la Légion d'honneur en mars 2025.

Voici son histoire, telle qu’elle l’a racontée devant les enfants lorsqu'elle est venue à plusieurs reprises les visiter depuis que l'école a pris son nom :

Elle était née à Vernoil le 19 octobre 1924.
Ayant vécu à Vernoil jusqu’à 10 ans, elle venait ensuite en vacances chez ses grands-parents maternels M. et Mme Mercier, 
qui habitaient dans le bourg, rue de la Breille. C’est ainsi qu’elle a connu la famille Moscovici, son grand-père ayant été le premier patient du Docteur Moscovici, lors de son installation comme médecin du village.


Le Docteur était marié et a eu deux enfants : Jean-Claude et Liliane.
Pendant la guerre, le docteur hébergeait dans sa maison, située près de la mairie, une partie de sa belle-famille, ainsi que ses deux frères médecins réfugiés, juifs et roumains d’origine, comme lui.

Mi-juillet 1942, les trois hommes valides ont été arrêtés et déportés par le sinistre convoi numéro 8, parti de la gare d’Angers vers Auschwitz. En août, les parents et le frère de Madame Moscovici ont été emmenés. 

En septembre 42, la Gestapo est venue chercher le reste de la famille. Les enfants ayant été confiés à des voisins, madame Moscovici a réussi à s’échapper à vélo, grâce au facteur qui l’a emmenée se cacher jusqu’à Courléon. Le lendemain, elle a fait
avertir Odette qui, après accord de sa grand-mère, l’a alors accompagnée pour gagner à vélo, la gare de Port-Boulet.

Elles ont alors pris le train avec les vélos jusqu’à Tours dans l’espoir de trouver un passeur vers la zone libre…
Le contact venant d’être arrêté, il fallut en trouver un autre d’urgence.


Après avoir caché Madame Moscovici dans sa famille à Esvres, Odette Blanchet a pris contact avec Jean Meunier, membre du réseau de résistance CND-Castille, très développé dans l’ouest de la France. Ce réseau d’agents de renseignements militaires, économiques, organisait les points de passage de la ligne de démarcation. Jean Meunier avait accès à une imprimerie, bien utile pour fabriquer de faux papiers. C’est ainsi qu’Odette est entrée dans le réseau de Résistance.


Quelques semaines plus tard, les gendarmes appliquant à la lettre les lois antisémites, sont venus chercher les enfants qui étaient gardés par la famille Gauthier, vétérinaire à Vernoil. Les deux enfants (6 et 2 ans) furent convoyés avec de très nombreux enfants du même âge, vers le camp de Drancy en banlieue Nord de Paris…


Là, par chance, un oncle des enfants a réussi à retrouver ses neveux et réussi à les faire prendre en charge par une institution juive, autorisée pour les soigner et les confier à d’autres membres de la famille. C’est là qu’Odette Blanchet, est venue les chercher sur demande de leur mère. Elle avait reçu une carte interzones pour lui demander à mots couverts de les ramener en Anjou, les cacher pendant un certain temps et les lui ramener. Elle les a alors amenés à Morannes chez une de ses tantes qui tenait une épicerie. Ce fut un grand secours, car seule Odette avait des tickets de rationnement pour acheter de quoi alimenter 2 femmes et 2 enfants.

Dès la fin de la guerre, elles sont revenues à Vernoil, dans une maison qui avait été vidée de ses meubles en espérant le retour des survivants. Seul l’un des frères du Docteur est revenu.”

Après la Libération, elle reçu le grade de sergent pour ses actes de Résistance.


Aux questions des élèves : “Avez vous eu peur ? Vous rendiez vous compte du danger” ? Madame Bergoffen a répondu modestement : “C’était normal, c’étaient mes amis, c’étaient des enfants, je les avais connus tout bébés. Et toute ma famille m’a bien aidée”.

 

Elle s'est éteinte le 6 janvier 2026, à l'âge de 101 ans. Lors de ses obsèques auxquelles a assisté Sylvie Beillard, maire de Vernoil-le-Fourrier, le drapeau français recouvrait son cercueil et les honneurs militaires lui ont été rendus.

Pour en savoir plus,  vous pouvez emprunter ces livres à la bibliothèque de Vernoil : 

 

et visionner le reportage de FR3 ci-dessous enregistré à l'école de Vernoil le 27 juin 2025, à l'occasion de sa dernière visite :